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Quand le parcours d’AMP bouscule votre rapport au corps

Mon corps, cet inconnu !
Quand le parcours d’AMP bouscule votre rapport au corps

Paillettes Magazine corps | PMA | summer body

À l’heure du summer body, des injonctions à s’aimer telle qu’on est (mais pas trop non plus), et des corps dénudés qui s’affichent sur les plages, on a eu envie de parler d’un autre corps. Celui des femmes en parcours d’AMP.

Un corps qu’on pique, qu’on ausculte, qu’on juge, parfois même qu’on condamne. Un corps observé sous toutes les coutures, mais dont on ne parle jamais vraiment. Dans cette relation d’amour-désamour, il y a celui qu’on n’aime plus, parce qu’il nous a lâchées. Celui qu’on ne comprend plus, qui ne répond plus, qui ne suit plus. Celui qui ne donne pas ce qu’on attendait de lui. Un corps vide, parfois modifié par les traitements, souvent relégué au rang d’objet.

Alors, plutôt que de le scruter une fois de plus ou de lui demander de performer encore, on a échangé avec Émilie Moreau, psychologue clinicienne et sexologue à l’AP-HP. Pour mieux comprendre ce qui se joue. Et peut-être, commencer à se le réapproprier. Doucement. À son rythme.

 CE CORPS QU’ON NE RECONNAÎT PLUS

Il est partout. Dans les prises de sang à jeun, les échographies avant 8h, les piqûres qu’on s’administre le soir, les notifications dans le téléphone et les culottes qu’on descend sans même y penser. Le corps est là, omniprésent… et en même temps, totalement passé sous silence.

« Le corps est au cœur de la démarche en AMP, mais on n’en parle pas » , observe Émilie Moreau, psychologue clinicienne et sexologue à l’AP-HP.

Petit à petit, quelque chose se détache. Vous continuez le parcours, vous faites ce qu’il faut, mais en pilote automatique. « De plus en plus, je remarque des phénomènes de dissociation», explique-t-elle« L’esprit et le corps se séparent. On ne sent plus rien. »

Vous êtes là, mais vous ne vous sentez plus là. La manche est relevée sans y penser, le regard dans le vague, la pudeur mise de côté. Parfois, même la douleur ne passe plus. On encaisse. On enchaîne. Ce type de consentement automatique, d’oubli de soi, peut devenir dangereux. Car à force d’être manipulé, observé, piqué, le corps finit par devenir un outil. Un objet à examiner. À corriger.

C’est ce qu’on appelle l’objectalisation du corps, explique la psychologue : le corps comme simple support du traitement, détaché de soi.

Deux signaux à repérer :

– la douleur, qui devient constante, normale, banalisée

– l’indifférence, quand on ne sent plus rien du tout

Et dans cette mécanique, une petite phrase revient souvent :
« Je n’ai pas le choix. » Parce que tout va vite. Parce que c’est maintenant ou jamais. Parce que chaque cycle compte. Mais ce “je n’ai pas le choix”, justement… est-ce bien vrai ?

« Le désir d’enfant peut devenir un besoin impérieux, tellement fort qu’il fait taire tout le reste, y compris votre corps », poursuit Émilie Moreau. « Mais l’enjeu, c’est de pouvoir le nommer, de se souvenir qu’on n’est pas dans une urgence vitale. On ne se bat pas pour sa survie contre une maladie. On peut reprendre une place de sujet. »

Et c’est là que tout commence à bouger. Quand on sort, ne serait-ce qu’un instant, de l’assignation à ce corps qui doit fonctionner. Et qu’on se donne la permission de faire un pas de côté. De dire non. De faire une pause. De demander du soutien.

« Spinoza disait :  « Je suis un corps ». Parce qu’on parle souvent de « mon » corps, comme si on était une tête flottante, et lui là, en bas. Mais non. Je le suis. Je l’incarne. », souligne Émilie Moreau.

Quand le lien se coupe trop longtemps, quand la colère s’installe, quand le corps devient trop lourd à porter, il arrive aussi qu’il parle à sa manière. Fatigue chronique, douleurs inexpliquées, irritabilité, baisse de l’élan vital…

« Parfois, c’est le corps qui s’exprime quand il n’y a plus de place pour la parole. On appelle cela des manifestations psychosomatiques. » Rien d’imaginaire. Juste un signal.

CE CORPS QU’ON JUGE, QU’ON MALMÈNE, QU’ON VOUDRAIT DIFFÉRENT

Vous avez tout bien fait. Le sport. L’alimentation. Les compléments alimentaires. Les piqûres à heure fixe. L’acupuncture. Le yoga. L’arrêt du café. Les nuits avant 23 h. La marche à jeun. Tout. Et pourtant, rien !

Alors, la colère monte. Sourde, immense. Parfois dirigée contre soi. « Le parcours d’AMP vient souvent attaquer quelque chose de très profond : l’idée que si je m’applique, si je fais tout bien, alors ça va marcher, analyse Émilie Moreau. Et là, non. Le corps ne suit pas. »

C’est une atteinte narcissique. Un sentiment d’impuissance, parfois pour la première fois de sa vie. On a toujours cru qu’en travaillant bien, en suivant les règles, on y arriverait. Alors, quand ça ne suffit pas… on serre les dents, et on fait encore plus. C’est ce qu’on appelle le surcontrôle. On tente de tout maîtriser. Chaque geste, chaque aliment, chaque minute de sommeil. On voudrait que le corps obéisse aux injonctions du mental.

Mais ce besoin de tout cadrer, de tout optimiser finit par épuiser. Et renforce à nouveau ce sentiment de dissociation : « Mon corps ne répond pas aux sommations de mon cerveau qui veut un bébé. » Ce décalage, Émilie Moreau le constate souvent en consultation. Il faut dire aussi que l’environnement médical n’aide pas toujours.

« Il y a un héritage très fort d’un discours médical culpabilisant envers les femmes et leurs corps, note-t-elle. On leur dit de perdre du poids, de “se détendre”, on laisse entendre qu’elles sont responsables. » Et quand le protocole se répète avec des professionnels différents à chaque rendez-vous, difficile de poser ses limites, de se sentir respectée dans sa globalité. Pourtant, il est possible de poser des limites. De retrouver un peu de pouvoir. Un regard qui se lève en consultation. Une phrase qui interroge :

« Est-ce que ça va ? Je peux vous examiner ? » Et si ce n’est pas dit…, rien n’empêche de poser la vôtre : « Est-ce que je peux dire non ? »Non, vous n’êtes pas obligée d’accepter un examen. Non, vous n’êtes pas obligée d’enchaîner un nouveau cycle après un échec.

Oui, vous pouvez vous autoriser une pause. « Ce n’est pas toujours facile, bien sûr. Surtout quand ce n’est pas toujours le même professionnel qui fait le suivi du protocole.  Mais il est important de rappeler qu’on peut refuser. Qu’on peut attendre ! Qu’on peut se faire accompagner par une sage-femme, une doula, un psychologue ! Quelqu’un qui fasse le fil rouge tout au long du parcours. » Parce qu’il est difficile de se protéger quand on a intégré que c’est à cause de son propre corps que ça ne marche pas.

Et puis il y a ces petites phrases piégées, si souvent entendues : “C’est peut-être votre tête qui bloque.”, “Vous êtes trop stressée.”, “Il faut lâcher prise.” Ces théories peuvent fragiliser, poursuit Émilie Moreau. « Elles déplacent la responsabilité vers la femme. Sous prétexte de psychologie, elles enferment dans un corps qui ne peut pas.»

Alors oui, vous avez le droit d’être en colère. Même contre votre corps. Cette colère est légitime. Mais elle peut aussi devenir un signal à écouter. À nommer. Une voie vers autre chose, plus douce. Plus juste.

Violences gynécologiques et obstétricales : ne restez pas dans le silence

 

Les violences gynécologiques et obstétricales peuvent prendre des formes très diverses, parfois subtiles en apparence : gestes brusques ou non expliqués, propos culpabilisants ou infantilisants, absence de consentement libre et éclairé, actes posés (ou omis) sans votre accord, répétition d’examens sans justification, moqueries, minimisation de la douleur…

Ces violences ne sont pas toujours intentionnelles. Mais elles sont bien réelles quand vous ne vous sentez pas respectée, entendue, considérée.

  • Soyez attentive à ce qui ne vous paraît pas normal. Faites confiance à votre ressenti.
  • Si une situation vous met mal à l’aise, parlez-en : avec le médecin, un autre membre de l’équipe, un professionnel de confiance, une proche.
  • Ne restez pas seule. Votre corps vous appartient. Votre voix aussi.

ET MAINTENANT, QU’EST-CE QUE J’EN FAIS, DE CE CORPS ?

Il y a les jours où vous le détestez. Ce ventre qui ne répond pas. Ces hormones qui vous ballonnent. Ce miroir qui vous renvoie un visage fatigué. Il y a la colère. La honte. L’envie de fuir ce corps qui ne fait pas ce qu’il devrait.

« En psychothérapie, on entend parfois parler du corps ennemi», explique Émilie Moreau. «L’ambivalence est normale. Ce qui doit alerter, ce n’est pas le fait de ne pas aimer son corps tous les jours. Ce qui inquiète, c’est quand ça dure. »

Quand la colère devient constante. Quand le rejet vire à la violence. Quand la distance s’installe durablement, que le plaisir dans le corps disparaît. La bonne nouvelle, c’est qu’il est possible d’amorcer un changement. Sans se forcer à s’aimer. Sans faire semblant.

Pas de discours body positive tout-puissant ici. Émilie Moreau est claire : « Ce n’est pas s’aimer comme on est à tout prix. C’est juste pouvoir se dire : aujourd’hui, ce n’est pas un bon jour. Aujourd’hui, je me sens mal. Souvent,  ce qu’on voit dans le miroir, c’est ce qu’on ressent ». Légitimez ce qui est là. Et demandez-vous doucement : qu’est-ce que ça me dit ? Pourquoi je suis en colère ? Pourquoi agressive ? Car votre rapport au corps ne se résume pas à une image. Il s’inscrit dans une histoire.

Une histoire intime, parfois blessée, parfois cabossée. Une histoire où l’impuissance prend toute la place. Où ce corps ne peut pas (et non pas ne veut pas). Valoriser le corps pour ce qu’il peut encore offrir. Pas pour ce qu’il ne donne pas. Et cela passe par le langage, bien sûr. Les mots que l’on pose. Mais aussi par les sensations. Par ce qui touche, ce qui apaise, ce qui reconnecte.

Dans un parcours d’AMP, cette reconnexion passe souvent par des approches simples, douces, concrètes :

– Une douche chaude.

– Un soin à la maison.

– Un moment de détente au soleil.

– Un massage pour le plaisir.

– Un calin en couple.

– Un cours de yoga, un soin ostéo, une séance de sophrologie, un accompagnement qui touche et fait bouger ce corps.

« Le corps réel a besoin d’être pris en soin, insiste Émilie Moreau. Surtout quand on sent une dissociation. Alors, il faut aller chercher de l’aide. »

Et cela commence parfois aussi par une chose toute simple : comprendre comment il fonctionne.

« Beaucoup de femmes ne se demandent jamais comment fonctionne leur corps, constate-t-elle. Prendre conscience de son fonctionnement, c’est déjà une manière de redevenir sujet. De ressentir. D’identifier comment je sens. »

Et si vous ne ressentez plus rien ? Si le vide ou l’indifférence prennent toute la place ? C’est que c’est peut-être le moment de consulter pour retrouver, à votre rythme, un lien avec vous-même.

Et dans le couple, ce regard de l’autre sur un corps qui change ?

 

Le corps change. Et parfois, la sexualité aussi : suspendue, transformée, mise entre parenthèses. Mais dans le couple, tout ne s’arrête pas pour autant. Le désir peut bouger, se déplacer, mais il ne disparaît pas nécessairement.
« Il ne t’aime pas malgré ce corps. Il t’aime avec. »

Cette phrase, Émilie Moreau l’entend souvent à travers les mots des hommes qu’elle reçoit : “Oui, tu as changé, mais tu n’es pas réductible à ce corps.
Le plus difficile ? C’est parfois la façon dont les femmes elles-mêmes se regardent. On a appris à se juger dans le miroir.
Il y a donc un enjeu essentiel à maintenir la sensualité, à encourager le toucher, même quand le corps a changé. À se parler. À oser dire. À continuer à s’aimer autrement.
Parce que la sexualité, c’est aussi un espace pour se retrouver. Pour se réapproprier le corps, source et objet de plaisir aussi.

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