03 Sep Pause PMA : et maintenant, comment reprendre ?
Par Déborah Schouhmann-Antonio
Psychothérapeute à Paris, Spécialiste de l’infertilité et de la maternité. @deborah_schouhmann_antonio
Reprendre après une pause en PMA n’a rien d’évident. Entre le soulagement d’avoir soufflé un temps et la lourdeur de revenir dans ce parcours, il y a ce vertige intérieur : suis-je encore la même ? Est-ce que j’en ai vraiment envie ? Est-ce que je pourrai supporter un nouvel échec ? La reprise ne ressemble jamais à un simple recommencement. C’est un retour habité de mémoire, de doutes, de lucidité. Un pas hésitant, fragile mais déterminé, vers un désir qui persiste malgré tout.
La drôle de sensation du retour en PMA
Il n’y a pas vraiment de mot pour dire ce moment où l’on sent que ça revient.
Pas l’élan des débuts — il est trop lointain, trop naïf maintenant — mais autre chose. Un appel flou, un désir timide, presque gêné de revenir là dans salle d’attente… cet espace si chargé, si habité, où l’on avait promis de ne plus remettre les pieds.
C’est étrange, ce retour en PMA. Ce n’est ni un recommencement ni une continuité. C’est une traversée. Une sorte de renaissance fatiguée. On revient… mais plus tout à fait soi-même. Le corps se souvient. L’âme aussi.
Il y a eu la pause. Il y a eu l’après. Et il y a maintenant cette question suspendue : suis-je encore celle ou celui que j’étais avant ?
La pause : un entre-deux plein de questions
La pause, parfois choisie, parfois imposée, a été un entre-deux. Un territoire flottant, souvent inconfortable. On croyait que cela suffirait à calmer le tumulte intérieur, à faire le tri. Mais souvent, elle a juste laissé place à un autre type de vide : moins bruyant, plus sournois. Un vide où les questions surgissent, une à une :
- Est-ce que j’ai vraiment envie de reprendre… ou est-ce que j’ai simplement peur de tourner la page ?
- Si je recommence, combien de fois encore pourrais-je supporter que ça ne marche pas ?
- Ai-je le droit d’arrêter ?
- Ai-je le droit d’y croire encore ?
- Ai-je le droit de me protéger sans renoncer ?
Pendant la pause, certaines choses ont changé. On a redécouvert la liberté des jours sans piqûres, sans écho, sans calendrier fertile à suivre à la lettre.
On a peut-être refait l’amour sans objectif. Ou au contraire, on n’a plus eu envie du tout. On s’est parfois reconnecté à une vie sociale, mise entre parenthèses, à un projet oublié, à une partie de soi-même restée silencieuse dans l’ombre du désir d’enfant.
Quand l’envie revient, malgré tout
Et malgré tout… ça revient. L’envie. Le besoin. Le trouble. Ce n’est pas toujours une décision. C’est un mouvement intérieur, irrépressible, qui dépasse parfois la logique.
Une voix qui souffle : Et si tu y retournais ? Et si c’était encore possible ? Et si, cette fois… ?
Et alors, la reprise commence. Bien avant le coup de téléphone au centre, bien avant la prescription du protocole.
Elle commence dans le corps :
- Dans cette part du corps qui tressaille à l’idée de se réexposer.
- Dans la gorge qui se serre à la simple évocation d’un transfert.
- Dans le ventre qui a connu les attentes, les pertes.
- Dans le cœur qui s’emballe au souvenir des appels médicaux… ou du silence effroyable qui a parfois suivi.
Reprendre, c’est convoquer à nouveau sa vulnérabilité.
Accepter de se mettre à nu, encore : émotionnellement, physiquement, psychiquement. Se lancer dans un cycle incertain, possiblement injuste, souvent épuisant, où rien n’est jamais garanti.Mais cette fois, on sait. Et cette connaissance-là change tout.
On connaît l’effet des hormones. La sensation de vide après un échec. Les tensions dans le couple, la colère rentrée, les jalousies discrètes envers celles qui tombent enceintes « sans rien faire », les injonctions bien intentionnées et douloureuses : « Il faut lâcher prise », « Ce n’est peut-être pas le bon moment », « Tu en fais peut-être trop »…
Et on sait surtout ce que c’est, d’avoir espéré de tout son être. D’avoir déjà imaginé le prénom, la saison de la naissance, la façon dont on l’annoncerait… Et de s’être retrouvée vide.
La force de la lucidité
Alors non, on ne revient pas légère. On revient chargée d’expérience, de mémoire, de prudence. Mais aussi — et c’est là la force — de lucidité.
Cette lucidité permet de se poser les bonnes questions, celles que la première tentative avait peut-être écrasées sous la hâte :
— Qu’est-ce que je cherche, vraiment ?
— Est-ce un enfant ? Une réparation ? Un sens à mon histoire ?
— Est-ce que je m’efface dans ce processus, ou est-ce que je me révèle à moi-même ?
— Quel est le prix que je suis prête à payer cette fois-ci ? Et quels sont mes garde-fous ?
— Est-ce que je me sens encore sujet de mon histoire, ou objet de la médecine ?
Ce questionnement peut être vertigineux, mais il est aussi un ancrage.
Il donne du sens là où il y avait juste de la survie. Il donne de la parole là où il n’y avait que des gestes à suivre. Il redonne du pouvoir intérieur.
Se réengager face au monde médical
Il y a aussi le monde médical. Ce monde où l’on apprend vite à obéir, à taire, à subir parfois.
Dans la reprise, il est urgent de repenser la manière de s’engager avec les soignants :
- Est-ce que je me sens écoutée ?
- Est-ce que je peux poser mes limites ?
- Est-ce que je me sens vue comme un corps à réparer ou comme une personne en chemin ?
Et peut-être que cette fois, on s’entourera autrement. D’un lieu plus humain, d’un médecin plus doux, d’une équipe plus attentive. Peut-être qu’on osera dire non à un protocole trop lourd. Peut-être qu’on se donnera le droit de reprendre autrement.
Une marche lente, pas un sprint
Reprendre, c’est aussi se réapproprier symboliquement son désir. Continuer, oui. Mais aussi transformer. Peut-être vers l’adoption.Peut-être vers la transmission autrement.
Peut-être vers une autre fécondité intérieure.Dans tous les cas, reprendre ne peut plus être une course. C’est une marche lente.
Et il faut le dire, le redire : reprendre ne signifie pas oublier. Ni faire comme si rien ne s’était passé. Reprendre, c’est porter ce que l’on a traversé comme un bagage précieux, lourd peut-être, mais profond.
C’est dire : « Je sais ce que j’ai enduré. Je sais que je pourrais encore échouer. Mais je reviens. Pas par folie. Pas par devoir. Je reviens parce que quelque chose en moi, encore, murmure que c’est juste. »
Et cette voix ténue mais persistante, est peut-être ce qu’il y a de plus vivant.
Le regard du couple mis à l’épreuve
Il y a la question du couple. Là encore, reprendre ne signifie pas repartir à deux automatiquement. Il faut souvent se réajuster. Nommer les blessures. Reconnaître les désalignements. Peut-être que l’un veut continuer, et que l’autre hésite. Peut-être que l’un a retrouvé de la force, tandis que l’autre est resté figé. Reprendre, c’est aussi ça : remettre en dialogue deux temporalités, deux peurs, deux fatigues. C’est parfois se demander : est-ce que ce projet d’enfant est encore un projet d’amour, ou est-il devenu une fuite, une mission, une compulsion partagée ?
Dans ce contexte, certains couples se rapprochent. D’autres se déchirent. D’autres, encore, se transforment. Ce qui est sûr, c’est qu’on ne traverse pas une reprise à deux sans se parler profondément. Sans oser dire : « J’ai peur », « Je ne sais pas si j’en ai encore envie », « Je veux qu’on se retrouve aussi ailleurs que dans ce combat. »

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