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Nos corps mis en concurrence par la PMA

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N ous sommes en couple depuis quatorze ans et en parcours PMA depuis sept ans et demi. Notre histoire commence en 2019, à 31 ans pour moi, Flore et 30 ans pour Camille. À l’époque, la PMA pour toutes n’était pas encore passée. 

                       Je multiplie les recherches sur Internet, consulte des forums, compare les classements des cliniques et les avis des patientes. Nous choisissons finalement la clinique Eugin à Barcelone, reconnue pour son bon taux de réussite. Nous échangeons avec un couple de femmes ayant eu un enfant grâce à eux et, surtout, les déplacements vers Barcelone nous paraissent pratiques.

 

Au début, nous faisons les allers-retours en avion, puis en train après que le Covid ait perturbé la fréquence des vols. La seule fois où nous sommes allées en voiture, nous avons eu un accrochage et sommes arrivées avec une heure de retard au transfert d’embryon ! 

 

Je viens de rentrer dans la fonction publique. J’ai toujours adoré les enfants et je m’épanouis dans mon travail en crèche. Mon premier directeur se montre bienveillant et me permet d’adapter mes horaires pour les prises de sang et les échographies tôt le matin. Nous avons également la chance d’être suivies par l’une des rares gynécologues de campagne, qui, pour la première fois, pose un mot sur mes symptômes : le SOPK. Je réalise trois inséminations, deux FIV et six transferts d’embryon. Je subis cinq fausses couches précoces. 

 

Chaque échec est un coup au ventre, d’autant que des familles se forment autour de nous. Nous partageons notre parcours avec nos proches, mais nous essuyons jugements et maladresses. Nous nous sentons de plus en plus incomprises et isolées. Camille vit particulièrement mal les annonces de grossesses. « J’ai dû encaisser, entre autres, l’annonce brutale des jumelles du frère de Flore. On me demandait de le lui dire. Je n’y arrivais pas. Un jour, Flore me l’a arraché alors que je devais repartir le soir même. J’étais en reconversion professionnelle dans un autre département. C’était atroce de la laisser seule après ça », raconte Camille.

 

La PMA commence aussi à peser financièrement. Nous estimons avoir investi en moyenne 40 000 euros, sans compter les frais de transport, de logement et de nourriture. À l’âge où beaucoup fondent une famille, achètent une maison ou s’offrent des sorties, nous nous limitons dans nos dépenses. Et notre projet n’aboutit toujours pas, ce qui amplifie notre impression de décalage et notre profond sentiment d’injustice.

 

La relation à distance et un nouvel échec m’épuisent, confrontée à une nouvelle directrice beaucoup moins conciliante quant à mes absences répétées. C’est de plus en plus difficile pour moi de voir des femmes enceintes autour de moi ou de m’occuper d’enfants portant le prénom que j’aurais aimé donner aux miens.

 

Je prends alors une disponibilité pour rejoindre Camille et préparer un concours administratif. Entre-temps, la « PMA pour toutes » est passée et nous entreprenons les démarches pour que Camille puisse prendre le relais. Nous attendons deux ans avant d’avoir accès à des paillettes de sperme. Nous faisons de nombreux allers-retours en train pour les rendez-vous avec les biologistes, la psychologue, la gynécologue et le laboratoire afin de récupérer les paillettes du Cecos et les conduire jusqu’à notre centre de PMA.

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    « La première année, j’ai quitté mon travail en me disant que ça marcherait rapidement, car il n’y a pas de problème de fertilité dans ma famille. Je sentais que j’étais notre dernier espoir pour devenir parent », explique Camille. 

    En deux ans et demi, elle réalise quatre inséminations et trois FIV. Les résultats sont durs : une grossesse biochimique et une grossesse extra-utérine qui lui fait frôler la mort, entraînant l’ablation d’une trompe.

     

    Pendant ce temps, je patiente. Tant que Camille est en parcours, il m’est impossible de commencer mes démarches. Lorsque nous demandons au médecin la possibilité de changer de « ventre », on nous répond que « ce n’est pas à la carte » et que, si nous changeons, Camille ne pourra plus tenter de nouvelles procédures. Camille enchaîne donc rapidement les essais pour que je puisse y accéder avant d’être trop âgée. Nous avons parfois l’impression que nos corps sont en concurrence, alors que nous souhaitons toutes deux porter une grossesse. Heureusement, nous en parlons librement pour éviter que cela crée des tensions dans notre couple.

    Tant que la médecine et nos corps le permettent, nous n’abandonnerons pas notre parcours. Camille s’inscrit sur la liste du don d’ovocytes en France. « C’est une nouvelle chance de pouvoir enfin fonder une famille. Je pensais que le deuil génétique serait plus difficile. Le plus pénible, c’est cette dissociation, car nous devons cacher aux équipes médicales françaises que Flore a encore des embryons congelés en Espagne. » »

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    Aujourd’hui, la loi nous questionne : j’ obtiens de bons embryons, mais les grossesses s’arrêtent précocement, tandis que Camille obtient peu d’embryons et de moindre qualité. Pourquoi ne pourrions-nous pas utiliser mes embryons pour Camille ? Dans un couple hétéro, l’homme donne bien ses gamètes à sa compagne. Et cela éviterait de mobiliser des ovocytes de donneuses déjà très rares en France.


    Le délai moyen pour un don d’ovocytes en France est de deux ans. Hors de question de rester les bras croisés. Camille entreprend une ROPA (réception d’ovocytes de la partenaire) à la clinique barcelonaise avec mes embryons surnuméraires. « Nous plaçons énormément d’espoir en eux, car ils ont passé le DPI-A, interdit en France actuellement. Nous attendons beaucoup de la prochaine loi bioéthique : ROPA, DPI-A, etc. On parle de réarmement démographique, mais nous avons l’impression que le gouvernement ne donne pas de moyens réels aux centres de PMA pour y parvenir !

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    En France, 1 personne sur 6 rencontre des difficultés pour concevoir. Pourtant, la santé reproductive reste trop peu médiatisée, souvent entourée de tabous et d’idées reçues.

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