
Ma vie en salle d’attente,
est-ce-que je vais vraiment faire un bébé toute seule ?
Et si faire un enfant seule, ce n’était pas un projet fou… mais juste une histoire de timing, de courage, et de corps qui dit oui ? Céline a 38 ans quand elle se lance, en solo, dans le parcours le plus intime de sa vie. Entre doutes, piqûres, tests qui pâlissent et désirs qui débordent, elle raconte sans détour ce que ça change, d’oser devenir mère… seule.
Ce moment où tout a pris sens
J’ai grandi avec l’image d’une mère qui a arrêté de travailler pour s’occuper de nous. Une mère qui a tout mis de côté. C’était mon exemple. Un exemple fort, mais qui ne me faisait pas rêver. Non pas qu’une carrière me tentait davantage, mais je la voyais toujours aux fourneaux, là où mon père semblait faire ce qu’il voulait, libre.
Et puis j’ai beaucoup gardé d’enfants. Fille au pair, baby-sitting à gogo… Parfois je suis tombée sur des enfants insupportables. Alors je me suis dit : les gosses, non merci.
Le projet d’enfant, je l’ai donc bien enfoui. Et l’idée même de m’intéresser à ma fertilité… encore plus loin.
D’ailleurs, personne ne m’a jamais dit ce que je pouvais faire — ou éviter — pour la préserver.
J’ai connu quelques relations où, si j’avais été en face d’une personne prête, engagée, j’aurais dit oui. Mais ce n’est jamais arrivé.
Et puis, j’ai fait mille choses. Je n’ai pas eu le sentiment de passer à côté de ma vie : j’ai voyagé, dansé, plongé à fond dans mes passions — le yoga, la danse…
Et puis un jour, cette envie a pris corps. J’étais en couple depuis deux ans et demi avec une femme. On avait emménagé ensemble. À ce moment-là, ma maman a eu de graves soucis de santé. Et j’ai eu peur, d’un coup :
« Et si elle ne connaissait jamais mes enfants ? »
Et si c’était maintenant ?
Le désir de maternité est arrivé là, comme une vague. Une envie presque animale, viscérale, une évidence dans mon corps. J’ai contacté des centres de PMA. Et puis elle m’a quittée. Le jour de Noël. Je me suis retrouvée seule, à 38 ans passés, dans un appartement trop cher, célibataire, sans enfant… Et je me suis dit : « C’est quoi, cette vie ? »
J’ai repris mes valises, j’ai voyagé, dansé encore. Je me suis remise sur les applis de rencontre. Je suis bien seule, je ne me sens pas triste. Mais à chaque rendez-vous, ce n’était pas l’amour que je cherchais. À chaque rencontre, je ne voyais pas un compagnon, je voyais un co-parent.
Mais je grillais les étapes, ça ne pouvait pas marcher ainsi.
Un jour, ma psychologue m’a dit : « Vous avez un désir d’être mère. Il faut dissocier le couple de la maternité. »
Et pour la première fois, quelqu’un m’a parlé de mon âge.
Alors, pleine de stress, j’ai renvoyé un mail au centre de PMA.
Je me sentais totalement illégitime. L’impression de faire le truc le plus dingue de ma vie.
Le lendemain, j’avais trois rendez-vous programmés. En mai, en juin, en juillet. Je n’avais pas compris que ce serait une course de fond, pas un sprint.
J’ai tout lu, tout écouté, tout googlé. Je suis tombée dans le vortex : injections, alimentation, sport, compléments, médecines parallèles, méditation… J’ai tout fait.
Je me suis dit : j’ai bientôt 40 ans, c’est maintenant ou jamais. Je donne tout.
J’ai rencontré la psychiatre du centre. Elle m’a posé mille questions sur mes relations familiales. En sortant, j’avais l’impression qu’un tram m’était passé dessus.
Dans ma famille, je ne parle pas de ce que je vis.
Je viens d’un milieu chrétien, pratiquant. Faire un enfant seule, avec un donneur inconnu… c’est un niveau de « pas bien » difficile à dépasser.
J’ai mentionné que j’étais en parcours, mais je ne suis pas sûre que mes parents aient compris. Et mes frères ont confirmé leur désintérêt. Heureusement, j’ai mes amies. Un cercle précieux.
Au travail, je gardais tout pour moi, mais mentir me pesait.
J’étais à l’hôpital tout le temps — j’aurais pu y installer une tente. Heureusement, le centre où j’étais suivie est petit, humain, bienveillant.
Je ris, je pleure avec eux. Ça fait du bien. Ça compte.
Mon bilan de fertilité ? Pas exceptionnel, mais pas mauvais non plus. Je me suis projetée très vite.
Je m’imaginais déjà maman, un bébé dans les bras…
Alors que peut-être, dans trois ans, je ferai encore des piqûres.
Autour de moi, j’avais peur du regard. On m’a connue festive, légère. Et soudain, j’étais focus à 100 % sur un truc : plus d’alcool, plus de café… Les gens ne réalisent pas l’espace mental que ça prend. Alors, quand j’entends « lâche prise », je bondis.
Entre espoir et vertige
Trois IA. Trois échecs. Et ce doute qui se dessine : et si je n’étais pas si fertile que ça ?
Dans mon groupe d’échange, plusieurs sont tombées enceintes.
Pourquoi pas moi ?
Je voyais le temps filer. Elles parlaient déjà crèches. Moi, j’étais toujours là, à espérer.
J’ai parfois cette impression que ma vie ressemble à une salle d’attente. Je vois la vie des autres avancer et, moi, je suis toujours là… à attendre.
Je vois beaucoup la psy du centre. Je suis bien entourée, j’ai des amis qui prennent des nouvelles. Mais c’est un parcours profondément solitaire. Et cette solitude réveille des angoisses.
Être maman solo ? C’est une envie très forte, et une peur qui l’est tout autant. Parfois, je me sens légitime et à d’autres moments, pas du tout. Je ne pourrais pas supporter de me réveiller un jour et me dire : c’est trop tard.
À chaque fois que je me rapproche du désir, une peur me freine.
Un vertige.
La première FIV est arrivée.
Je croyais que ce serait un événement incroyable. Finalement, ça s’est bien passé ! Un transfert frais sans succès, et aucun embryon n’a tenu. Tout ça pour ça ? Une énorme déception.
Et pourtant… l’envie est revenue, je ne sais même pas comment. J’ai fait moins de ceci, plus de cela et je suis repartie.
FIV N°2 et 4 embryons.
Cette fois, j’ai vraiment senti le poids des hormones et j’ai eu un gros passage à vide. Je ne me reconnaissais plus. Moi qui suis joyeuse, colorée, toujours pleine d’élan… là, plus rien.
Je voulais juste être seule, enfermée.
Ça m’a fait peur.
Puis, nouveau transfert et cette ligne pâle.
Je me suis dit : « Ne crois pas trop ! » C’était la première fois que je voyais un résultat positif. Un test digital qui affiche « enceinte 1-2 semaines »
J’étais à deux doigts de m’inscrire au yoga prénatal ! Puis j’ai fait d’autres tests par acquit de conscience et un peu pour apaiser mon angoisse, mais les barres ont commencé à pâlir de plus en plus. C’était une grossesse biochimique. Terminé. Bonsoir.
On me dit que la vie continue.
Oui c’est vrai. Mais on vous demande de vous projeter…, pas trop.
De rêver un peu… sans s’emballer.
Comme si on avait « une autorisation à moitié ». Et moi, je me demande : vers où je vais ? Quel est le sens de tout ça ? J’ai envie d’avoir un enfant, mais parfois je me dis : à quoi bon ?Je crains autant que ça marche… que ça ne marche pas. Est-ce que les autres se posent ces questions-là ?
J’ai fait une pause de quelques mois, j’ai repris le sport, quelques activités. J’ai cherché en moi le courage de me réinventer et de trouver la force mentale mais aussi physique pour me préparer à tenir dans le temps. Ma vie n’a pas encore retrouvé son sens, mais elle tient debout.
Il manque quelque chose, c’est vrai.
Mais j’ai trois embryons au frais. Le miracle.
En pilote automatique vers la vie
Je me suis demandé combien de temps cette pause devrait durer. Et bizarrement au bout d’un moment l’impulsion m’est revenue. Plus vite que prévu. J’ai pensé que je ne serai jamais sûre que ce soit le bon moment. Il fallait que j’arrête de réfléchir à comment j’allais faire. C’est décidé, j’aviserais au moment voulu. Je me suis relancée.
Par contre, j’ai fonctionné différemment. Je n’en ai parlé à personne. Je me suis mise en pilote automatique. Juste à exécuter ce que le corps médical me disait de faire. Le transfert du meilleur des 3 embryons congelés a eu lieu fin août. Je n’ai placé aucun espoir spécifique dans ce transfert. J’ai tenté de vivre « comme si de rien n’était », d’y penser le moins possible… Puis est arrivé le jour du test. Il y avait bien une petite ligne pâle… mais je suis restée prudente. Deuxième test le lendemain: la ligne avait déjà foncé.
Curieusement, pas d’effusions, pas de sauts de joie, je dirais même: pas d’émotions… j’étais toujours dans un mode automate. En attendant la prise de sang une semaine plus tard, j’ai refait un test chaque matin afin d’éviter les désillusions. Chaque jour la ligne s’affirmait un peu plus. Incroyable. Je n’étais pas surexcitée mais je sentais que cette fois c’était la bonne. Comme une certitude discrète. J’ai tout de même gardé la tête froide, certainement pour me protéger. Je vivais chaque étape comme une case à cocher qui serait une sorte de garantie de la bonne tournure que prenait ce démarrage positif. Les taux évoluaient bien.
Puis c’était déjà le moment de la première écho. Étrangement à ce stade, tout paraît aller vite. Je n’avais toujours pas l’émotion surjouée qu’on voit dans les films. La petite cacahuète était bien là, et son cœur battait la chamade. Mais moi, je ne réalisais absolument pas que cette fois, j’étais enceinte! Pour la première fois de ma vie à 41 ans, après ce fameux parcours. Cela me semblait totalement abstrait.
Après les félicitations du personnel médical du service de PMA, j’ai compris que je n’y remettrai plus les pieds. Que ma place n’était plus ici ! Ça a été très difficile à vivre émotionnellement pour moi. J’avais tellement investi ce parcours, je m’étais attachée à ces personnes qui étaient mes référents et qui m’ont suivie pendant deux ans, quotidiennement.
Me voilà alors subitement lâchée dans la nature en mode …. alors que je n’avais toujours pas intégré ma nouvelle réalité! (et que, potentiellement tout pouvait encore basculer).
Petit à petit j’ai annoncé ma grossesse autour de moi (et j’ai dû m’adapter aux différentes réactions).
Entre nausées, aversions alimentaires, fatigue assommante et angoisses, les premiers trois mois sous silence étaient rudes. La T1 et le tri-test, même si stressants (encore et toujours ces fameuses attentes de résultats), m’ont apporté une forme d’apaisement et m’ont permis de me dire enfin « OK, cette fois ça y est, je suis bien enceinte, je vais avoir un bébé et devenir maman ! Seule !!! Quelle dinguerie !!!! ».
Aujourd’hui, dans ma 15e semaine de grossesse, je trouve enfin un peu d’espace pour commencer à apprivoiser mon nouvel état, à adapter ma garde-robe ainsi qu’à inclure quelques activités adaptées dans mon emploi du temps qui me permettent de redescendre dans mon corps et d’être moins « dans ma tête » et potentiellement de commencer à « profiter » de cette grossesse et d’envisager ma nouvelle vie de maman solo, entourée de mes amies !
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