03 Oct Sexualité et PMA : quand le désir se prend les pieds dans le protocole
V ous avez beau avoir passé des mois, parfois des années, à tenter de faire un bébé sous la couette — même les soirs où vous n’en aviez pas envie, dans des lieux improbables, à des heures pas franchement glamour — vous découvrez, en poussant la porte d’un centre de PMA, qu’en réalité on n’a plus vraiment besoin de mêler les corps pour concevoir. Et là, au milieu de la charge mentale du parcours, la sexualité en prend un coup.
Alors nous, chez Paillettes, on a voulu en parler franchement. On a demandé au Dr André Corman, médecin sexologue qui accompagne depuis des décennies des couples, si finalement c’était grave de ne plus avoir envie, ou si l’on pouvait faire autrement… et surtout de nous aider à comprendre ce qui se joue, une fois la porte de la chambre refermée.
Quand le sexe devient « mission bébé »
Le couple à l’épreuve du protocole
Le plaisir, un luxe ou une nécessité ?
Retrouver la spontanéité
Une fois admis que le sexe n’est pas le ciment absolu du couple, reste une évidence : la sexualité peut retrouver sa place, même en parcours de PMA. « Le désir, ça s’entretient. Si on le laisse filer, il s’érode avec le quotidien », explique le sexologue.
Retrouver la spontanéité passe souvent par des petits rituels. Réintroduire du jeu, de l’expérimentation, de la complicité. Jouets, podcasts, lectures… ou tout simplement sortir du cadre habituel, décider d’un rendez-vous tous les quinze jours pour parler de ses envies, de ses émotions. Bref, réinventer sa sexualité comme un terrain de jeu plutôt que comme une contrainte.
À ce stade, libérée de la fonction reproductive, la sexualité peut devenir ce qu’on veut qu’elle soit. « Comme une fête, chacun choisit sa manière d’y participer », résume le Dr Corman. Et c’est souvent là que renaît le désir.
Et la masturbation, alors ?
« La masturbation a toute sa place, ce n’est pas une infidélité », insiste le Dr Corman. C’est un moyen d’entretenir son corps, de relâcher les tensions et de préserver sa santé sexuelle. Un laboratoire personnel, comme la muscu entretient les muscles.
Attention toutefois : à distinguer du porno, « qui détruit l’imaginaire comme un GPS détruit le sens de l’orientation ». Et rappelons-le : sortir de l’injonction sexuelle du couple ne veut pas dire arrêter toute activité sexuelle. Le corps a besoin de fonctionner pour que « tout marche » : la fonction crée l’organe.
Et si on se faisait aider ?
Un sexologue n’est pas là seulement pour « réparer », mais pour accompagner. Cela peut passer par accepter des silences, clarifier le sens de sa sexualité, ou simplement recevoir une bonne information. Quand le sexe devient une corvée, « avec l’impression d’aller chez le dentiste », c’est un signal qu’il faut consulter.
L’accompagnement peut être concret : traitements pharmacologiques, travail sur l’éjaculation précoce, réapprentissage à deux… « Comme le sport, il y a une part d’entraînement, d’entretien », explique le médecin. Dans un parcours de PMA, il s’agit surtout d’éviter que la contrainte n’abîme la relation.
La téléconsultation a démocratisé l’accès à la sexologie : « 60 % de mon activité se fait désormais à distance », précise le Dr Corman. Trois séances suffisent souvent pour avancer, parfois en individuel, parfois en couple.
Bref, la sexologie, c’est un espace pour dédramatiser et redonner du sens, même — et surtout — en plein parcours de PMA.

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