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Sexualité et AMP : quand le désir se prend les pieds dans le protocole

Sexualité et PMA : quand le désir se prend les pieds dans le protocole

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V ous avez beau avoir passé des mois, parfois des années, à tenter de faire un bébé sous la couette — même les soirs où vous n’en aviez pas envie, dans des lieux improbables, à des heures pas franchement glamour — vous découvrez, en poussant la porte d’un centre de PMA, qu’en réalité on n’a plus vraiment besoin de mêler les corps pour concevoir. Et là, au milieu de la charge mentale du parcours, la sexualité en prend un coup.

Alors nous, chez Paillettes, on a voulu en parler franchement. On a demandé au Dr André Corman, médecin sexologue qui accompagne depuis des décennies des couples, si finalement c’était grave de ne plus avoir envie, ou si l’on pouvait faire autrement… et surtout de nous aider à comprendre ce qui se joue, une fois la porte de la chambre refermée.

Quand le sexe devient « mission bébé »

« Nos réactions sexuelles sont d’abord des réflexes — érection, éjaculation, lubrification — mais chez l’être humain, la sexualité prend surtout le sens qu’on lui donne », rappelle le Dr Corman. Dans une relation, qu’elle soit hétéro ou homo, la sexualité est un langage. On « fait l’amour » pour exprimer des sentiments, partager du plaisir, inviter les corps à la fête. En PMA, ce langage change de registre. « La sexualité se retrouve au service de la reproduction, avec ses règles, ses contraintes et son calendrier médical », explique le médecin. Le plaisir, la spontanéité et les envies passent au second plan. L’acte devient une mission, parfois vécue comme un devoir, et non plus comme une rencontre guidée par le désir. Dans une sexualité ordinaire, le rythme est celui du désir. En parcours de PMA, le rythme est celui des injections, des rendez-vous, des consignes médicaux. L’instinct se voit affaibli, et l’« obligation de résultat » rend chaque panne ou baisse de désir plus difficile à assumer. À cela s’ajoute la charge mentale : « Quand l’esprit est saturé de rendez-vous, d’examens, d’attentes et de déceptions, la disponibilité au désir se réduit considérablement », insiste le sexologue. Et si ces difficultés ne sont pas dites, elles risquent d’éroder l’harmonie initiale du couple.

Le couple à l’épreuve du protocole

Ce bouleversement n’est pas toujours synonyme de catastrophe. « Il peut être bien vécu si les deux partenaires sont en parfaite harmonie, portés par leur désir commun d’avoir un enfant », souligne le Dr Corman. Dans ce cas, la sexualité devient claire, partagée, centrée sur l’objectif. Mais sur la durée, la spontanéité s’étiole. L’euphorie des débuts laisse place à la contrainte. C’est là que naissent souvent les tensions : vouloir tout avoir en même temps – désir, plaisir, résultat – est irréaliste. « Il faut accepter qu’il y ait des moments sans envie. La perte de désir n’est pas une maladie, ni une preuve de désamour », rappelle-t-il. Le couple peut continuer à s’aimer et à avancer même quand la sexualité est en pause.

Le plaisir, un luxe ou une nécessité ?

À un moment du parcours, une question s’impose : « Le sexe sert à quoi, finalement ? » Quand il n’est plus nécessaire à la reproduction (en insémination ou en FIV), il peut perdre son sens. Mais il peut aussi en trouver un nouveau. Selon le Dr Corman, « ce qui fait durer un couple, ce n’est pas la sexualité, mais l’attachement ». Autrement dit, le sexe est un moyen, pas une fin. L’idée du « besoin de sexe » est, pour lui, largement un mythe. « On a fait croire aux hommes qu’ils devaient décharger en permanence. C’est vrai à 20 ans, mais un homme adulte se rapproche du rapport féminin au désir », souligne-t-il. Sauf que ce discours patriarcal du « devoir conjugal » a longtemps culpabilisé les femmes, sommées de répondre à ce supposé besoin masculin. Le plaisir, lui, ne se décrète pas : il se partage. La jouissance peut être solitaire, mais dans un couple, ce qui nourrit la relation, c’est la complicité et la connexion.

Retrouver la spontanéité

Une fois admis que le sexe n’est pas le ciment absolu du couple, reste une évidence : la sexualité peut retrouver sa place, même en parcours de PMA. « Le désir, ça s’entretient. Si on le laisse filer, il s’érode avec le quotidien », explique le sexologue.

Retrouver la spontanéité passe souvent par des petits rituels. Réintroduire du jeu, de l’expérimentation, de la complicité. Jouets, podcasts, lectures… ou tout simplement sortir du cadre habituel, décider d’un rendez-vous tous les quinze jours pour parler de ses envies, de ses émotions. Bref, réinventer sa sexualité comme un terrain de jeu plutôt que comme une contrainte.

À ce stade, libérée de la fonction reproductive, la sexualité peut devenir ce qu’on veut qu’elle soit. « Comme une fête, chacun choisit sa manière d’y participer », résume le Dr Corman. Et c’est souvent là que renaît le désir.

Et la masturbation, alors ?

 
« La masturbation a toute sa place, ce n’est pas une infidélité », insiste le Dr Corman. C’est un moyen d’entretenir son corps, de relâcher les tensions et de préserver sa santé sexuelle. Un laboratoire personnel, comme la muscu entretient les muscles.

Attention toutefois : à distinguer du porno, « qui détruit l’imaginaire comme un GPS détruit le sens de l’orientation ». Et rappelons-le : sortir de l’injonction sexuelle du couple ne veut pas dire arrêter toute activité sexuelle. Le corps a besoin de fonctionner pour que « tout marche » : la fonction crée l’organe.

Et si on se faisait aider ?

Un sexologue n’est pas là seulement pour « réparer », mais pour accompagner. Cela peut passer par accepter des silences, clarifier le sens de sa sexualité, ou simplement recevoir une bonne information. Quand le sexe devient une corvée, « avec l’impression d’aller chez le dentiste », c’est un signal qu’il faut consulter.

L’accompagnement peut être concret : traitements pharmacologiques, travail sur l’éjaculation précoce, réapprentissage à deux… « Comme le sport, il y a une part d’entraînement, d’entretien », explique le médecin. Dans un parcours de PMA, il s’agit surtout d’éviter que la contrainte n’abîme la relation.

La téléconsultation a démocratisé l’accès à la sexologie : « 60 % de mon activité se fait désormais à distance », précise le Dr Corman. Trois séances suffisent souvent pour avancer, parfois en individuel, parfois en couple.

Bref, la sexologie, c’est un espace pour dédramatiser et redonner du sens, même — et surtout — en plein parcours de PMA.

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