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Un aller simple vers la maternité solo

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Marion nous avait déjà confié un bout de son histoire, le cœur un peu à nu. Elle nous avait raconté combien il peut être difficile de travailler auprès des tout-petits quand on traverse soi-même un parcours de PMA… Quand chaque sourire d’enfant qu’on accompagne vient doucement heurter ce manque dans sa propre vie.

Aujourd’hui, Marion est enceinte de 4 mois. Et elle a eu envie de tout raconter. De remettre des mots là où il y avait eu tant de silences, de revenir sur chaque étape — même celles qu’on préférerait parfois oublier — comme pour conjurer le sort. Et surtout, de remettre des paillettes sur ce chemin sinueux.

On vous laisse découvrir la suite des chapitres de cette histoire de courage, de persévérance… et d’amour immense.

                           L’envie d’être maman a toujours été là, plus ou moins discrète. Mais c’est devenu très concret à mes 30 ans. J’étais en couple, et très vite, c’était une évidence : ce serait lui, le père de mes enfants. Spoiler alert : non. On a emménagé ensemble, on rêvait famille, j’ai même changé de poste pour un CDI plus stable, pour nous, pour le projet. Mais peut-être que tout cet engagement qui devenait réel l’a fait fuir. Il m’a quittée après trois ans, en novembre 2021. Une vraie descente aux enfers.

 

Et puis, cerise sur le gâteau : en février 2022, un kyste à l’ovaire. Diagnostic : endométriose. Le bouquet final.

Je travaillais alors en école maternelle. Dans ma classe, il y avait cette maman qui avait fait ses deux enfants seule, en Espagne. Ça a planté une graine, différente de toutes les autres. Je ne voulais plus attendre ni vivre d’autres déceptions amoureuses. Et dans les bilans pour l’endométriose, j’ai eu la fameuse prise de sang de l’AMH : j’avais 31 ans, mais les résultats d’une femme de plus de 40. J’avais tiré le gros lot. J’ai compris que je ne pouvais pas me permettre d’attendre.

 

En juin 2022, j’ai décidé de congeler mes ovocytes… mais aussi de me lancer dans un projet de bébé solo. La gynéco a tout de suite senti que ce n’était pas un caprice. Ma mère m’avait accompagnée. Elle me disait souvent : « Et si tu rencontres quelqu’un, qu’est-ce que tu feras ? » Mais ce n’était pas le sujet. Quelques mois plus tard, elle m’a dit : « En fait, t’as bien fait. Avec un de tes ex, vous seriez sûrement séparés. Là, tu comptes sur toi, et c’est très bien. » Je n’avais pas besoin d’une validation, mais ça m’a aidée à avancer plus sereinement.

J’ai aussi pu compter sur mes amies. Elles sont toutes mamans, certaines séparées. Elles m’ont beaucoup soutenue. J’ai eu beaucoup de chance.

 

En septembre 2022, j’ai lancé à la fois la préservation de fertilité et les démarches pour la PMA solo, à cause des délais. Première ponction en octobre : 5 ovocytes. J’étais contente, mais la biologiste m’a vite refroidie : pas terrible. Il fallait une seconde ponction. Plus de danse, mal au ventre, grosse fatigue. J’avais même fait une crise d’angoisse avant la ponction. Tout ça pour cinq ovocytes…

Une fois les rendez-vous biologiste, psy, psychiatre passés, j’étais inscrite en novembre sur liste d’attente pour un don de sperme.

 

En février 2023, nouvelle ponction pour la préservation : 10 ovocytes cette fois. J’étais toujours fatiguée, mais je vivais mieux la chose. Mon papa m’avait accompagnée. Ça m’a aidée à me détendre.

En avril 2023, j’avais reçu ma première lettre d’attribution pour un don de sperme. Le centre m’avait expliqué qu’on ferait une nouvelle ponction, pour garder mes ovocytes préservés au cas où. La FIV était prévue pour fin juin — début juillet. Je m’étais tout de suite projetée. Mes parents aussi : « Ça va se passer comme ça, tu seras enceinte à telle date, et le terme sera ici… » Et évidemment, douche froide. Seulement 6 ovocytes, embryons fragmentés, aucun transfert possible. J’étais tellement déçue. 

 

En décembre 2023, j’ai craqué. Une vraie dégringolade. À cette période, dans ma classe de maternelle, il y avait trois ou quatre mamans enceintes. Il fallait sourire, accueillir, échanger. Et moi, j’étais là, avec ce ventre vide qui me lançait à chaque sourire. Ce n’était même pas un échec de grossesse : je n’arrivais même pas à fabriquer un embryon. J’interrogeais mes médecins : « Qu’est-ce que je peux faire de plus ? » La réponse était toujours la même : rien. Je ne fumais pas, j’avais une bonne hygiène de vie… Peut-être l’endométriose ? Je ne pouvais rien y faire. Et pour moi qui aime garder le contrôle, c’était insupportable.

 

Une collègue m’avait parlé de l’EMDR. J’ai tenté. Et ça avait été un peu magique. J’avais travaillé sur plein de choses : mon rapport à la maternité, celle que j’avais reçue, celle que je voulais transmettre. J’avais rejoué des scènes, réouvert des blessures. J’ai une petite sœur en situation de handicap, et je savais que je serais sans doute la seule à avoir des enfants. Mes parents ne m’avaient jamais mis la pression, mais c’était un vrai enjeu pour moi. Et surtout, j’en avais envie. Vraiment. Intensément. Je n’étais pas prête à renoncer. Pas encore. Pas à mon âge.

 

Je m’étais réinscrite sur liste d’attente pour un donneur. Et puis, début de l’été, j’avais reçu une nouvelle attribution. J’avais essayé en dernière minute la naturopathie, pour soutenir un peu le corps. J’ai obtenu seulement trois ovocytes. Mais un embryon avait pu être transféré. Dès les premiers jours post-transfert, j’ai ressenti des petits trucs bizarres. Quatorze jours et deux tests urinaires positifs plus tard… la prise de sang était négative.

 

C’est à ce moment-là que la biologiste m’a parlé du double don. C’était ce que je redoutais. Je n’avais pas encore cheminé là-dessus. Un bébé sans mon patrimoine génétique ? Deux ans d’attente ? Non. Pas possible pour moi. Pas tout de suite.

 

L’été m’a permis de réfléchir. Ma psy m’en avait parlé dès le début du parcours : « Et l’Espagne ? » Mais pour moi à l’époque, hors de question de « payer pour avoir un enfant ». Et pourtant. Regonflée par le « OK » de mes parents, leur petit coup de pouce financier, et une cagnotte surprise que mes copines m’avaient préparée pour mon anniversaire… j’ai fini par dire oui. Je m’étais lancée. J’ai consulté trois cliniques en Espagne, avant de trouver la bonne. Celle où je m’étais sentie écoutée, comprise, accompagnée. Celle que ma gynéco française m’avait recommandée.

On avait décidé de commencer par des inséminations. J’ai pris un «pack» de 3 inséminations, 2 achetées, 1 offerte ! En novembre, première stimulation, suivie à distance par ma gynéco. Mais j’avais trop de follicules. On a tout arrêté pour éviter une grossesse multiple. Encore une fois : un coup c’était trop, un coup pas assez…

 

À Noël, j’ai retenté. Mon papa m’avait accompagnée. J’avais reçu les résultats de la prise de sang juste après les fêtes. J’étais un peu fatiguée, mal au ventre, comme des douleurs de règles. Et là : taux à 15. J’étais avec ma sœur, mes parents. On a pleuré. Peut-être que ça avait marché… J’avais appelé mes copines, toute joyeuse. Et puis, deux jours plus tard, le taux était tombé à 3. Silence dans la maison. Cet échec-là, je l’avais vécu différemment. Moins fort que la FIV. Parce que je ne m’étais pas autant projetée. Mais le plus dur, c’était de devoir dire à mes proches : « Je vous ai fait une fausse joie. »

Je me suis tout de même accrochée à un détail : c’était la première fois qu’il s’était passé quelque chose. Un tout petit accrochage. Un signe.

 

En février, j’ai décidé d’y aller seule. Sans rien dire à personne. Pour ne plus porter les attentes des autres en plus des miennes. Je me souviens de la gynéco, après l’insémination, qui m’avait dit : « Voilà, c’est dans la boîte. Il n’y a plus qu’à attendre. » Ça m’avait fait sourire.

Quinze jours plus tard, j’étais collée à mon téléphone. Je rafraîchissais la page toutes les minutes. Le téléphone sonne. Résultat : zéro. C’était dur. Mais cette fois, pas de faux espoir.

Je suis partie chez mes parents pour les vacances. Il ne me restait qu’un essai. Et bien sûr, mes règles ont débarqué là-bas. La clinique m’avait dit qu’il valait mieux enchaîner pour maximiser les chances. Mais j’étais à Marseille, pas à Toulouse… S’en est suivie une course contre la montre : trouver une gynéco, faire une écho, transmettre à la clinique, récupérer les ordonnances, traduire l’ordonnance, trouver une pharmacie qui accepte de commander. Deux jours de galère. Mais j’y étais.

 

J’avais demandé à ma mère de m’accompagner en Espagne. L’insémination avait lieu le 8 mars 2025. Journée internationale des droits des femmes. Elle était surexcitée. Elle me disait : « Il y a mamie aujourd’hui, alors il faut que ça marche. » Je savais que mes parents avaient aussi eu recours à une insémination avec le sperme de mon père pour m’avoir. Et elle m’a confié que j’étais née du troisième essai. Comme ce cycle-là. J’ai voulu y croire.

Les 14 jours d’attente ont filé. Le jour de la prise de sang, j’animais une formation. Pause déjeuner. Je reçois le mail. Je zoome. 111. Je referme. Je rouvre. Toujours 111. J’étais en état de choc. On s’habitue tellement à l’échec… J’ai appelé ma mère. Elle m’a dit : « Tu sais ce que ça veut dire ? Tu es enceinte. » C’est elle qui l’a dit la première. Moi, je disais encore : « Ça a marché. » Je n’arrivais pas à le dire.

Le lundi, j’ai refait une prise de sang. Le taux avait doublé. C’était dingue. L’embryon était bien là, bien accroché, au bon endroit. Et à la deuxième écho, un petit cœur battait. C’était magique.

 

Quand j’ai annoncé ma grossesse, c’était comme si 10 000 personnes tombaient enceintes avec moi. J’ai reçu un amour fou. J’ai l’impression d’avoir été encore plus entourée que si je l’avais fait à deux.

Aujourd’hui, je suis enceinte de quatre mois. Jusqu’à l’écho du premier trimestre, j’avais encore du mal à y croire. Mon ventre ne se voyait pas, je n’osais pas me projeter. J’ai eu quelques nausées, quelques désagréments. Rien d’insurmontable. Et à l’écho, j’ai pleuré en souriant. J’avais mal aux joues tellement j’ai souri. J’ai fabriqué un petit humain. Un cœur, une vessie, dix doigts, dix orteils. J’ai l’impression de tomber amoureuse d’une personne que je ne connais pas encore… mais que j’aime déjà d’un amour absolu.

S’il y a une chose que je retiens de tout ce parcours, c’est la persévérance. Le fait de ne jamais baisser les bras. J’aimerais dire à celles pour qui ça ne marche pas, qui sont dans cette place que j’ai connue — celle où les annonces de grossesse tombent en rafale, sauf pour soi — de garder espoir. Ça peut marcher. Avant mon dernier essai, j’étais déjà en train de réfléchir à la suite. J’ai envisagé des options que je rejetais complètement au départ : l’adoption, le double don. Parce qu’au fond, si on n’est pas prêtes à renoncer à la maternité, on peut toujours trouver des ressources. Il ne faut pas lâcher.

 

Être maman solo, au départ, ce n’était pas un choix. Et aujourd’hui, c’est devenu une évidence. Je veux mon bébé, et j’assume de l’élever seule, H24, 7 jours sur 7. Je ne veux plus attendre d’être en couple pour devenir mère. J’ai essayé, ça n’a pas marché. C’est OK. J’ai fait un aller simple vers cette décision.

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