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PMA dans les DROM

PMA dans les DROM : mêmes droits mais réalités différentes

Nous avons donné la parole à celles et ceux qu’on entend rarement : des femmes, des hommes, des professionnels de santé, des patientes engagées, des couples, des mères solos. De la Guadeloupe à Mayotte, en passant par la Réunion, la Martinique et la Guyane, leurs récits tracent une autre carte de l’AMP — souvent méconnue, parfois décourageante, mais essentielle à raconter.

Même système de santé, mêmes droits… mais sur le terrain, les parcours sont parfois très différents. Dans les départements d’outre-mer, ce que beaucoup vivent comme un marathon devient souvent une course d’obstacles, entre distances, tabous, délais, isolement et débrouille.

 

Les droits sont les mêmes, l’accès ne l’est pas

Sur le papier, l’accès à l’assistance médicale à la procréation (AMP) est garanti à tous, quel que soit le lieu de résidence. Même système de santé, mêmes droits, mêmes protocoles. Mais dans les faits, vivre dans un territoire d’Outre-mer peut transformer un parcours déjà exigeant en véritable parcours du combattant.

En Guyane, par exemple, il n’existe tout simplement pas de centre d’AMP. Les femmes et les hommes concernés doivent se plier à un enchaînement complexe de bilans et de téléconsultations avant d’être évacués vers la métropole ou les Antilles pour accéder à une tentative de FIV, s’ils sont éligibles. On appelle cela une EVASAN (une évacuation sanitaire). Et en Guyane, l’AMP est devenue l’une des premières causes d’EVASAN, avec les cancers et les pathologies cardiaques. « Rien qu’en 2023, 400 évacuations sanitaires ont été réalisées pour des parcours AMP », explique le Dr Karen Mencé, gynécologue médicale au Centre hospitalier Universitaire de Guyane à Kourou. « Ces chiffres, ce sont ceux qui mènent leur parcours jusqu’au bout. Beaucoup ne le peuvent pas et renoncent. »

 

La complexité administrative s’ajoute à l’épreuve logistique. Pour obtenir l’accord de transport, il faut parfois attendre plusieurs semaines. Et une fois à Paris ou aux Antilles, tout est à recommencer : trouver un hébergement, comprendre un protocole lancé à distance, se présenter à la bonne heure au bon endroit… « Les patientes arrivent en métropole sans avoir jamais vu le centre, elles sont perdues. Elles ne savent pas où aller, qui va prescrire quoi… », raconte le Dr Mencé.

 

Ces allers-retours à 7000 kilomètres de chez soi ne concernent pas uniquement la Guyane. À Mayotte aussi, aucune infrastructure ne permet de proposer une prise en charge AMP sur place. Les patientes doivent être évacuées vers La Réunion sans relais local structuré, ni suivi gynécologique adapté.

Derrière chaque EVASAN, il y a une femme, un homme, un couple, qui jongle avec le travail, les finances, la fatigue physique et morale. Le droit existe. Mais l’accès, lui, reste inégal.

 

Des territoires, des réalités

Guyane : la PMA sous évacuation sanitaire
En Guyane, la PMA repose sur un fragile fil de coordination entre les équipes locales et les centres hospitaliers de métropole. Il n’existe pas encore de centre spécialisé sur place, mais une dynamique s’est enclenchée. Le Dr Karen Mencé, gynécologue médical au Centre hospitalier Universitaire de Guyane à Kourou, en est l’une des chevilles ouvrières.

« Il faut être motivé et avoir les moyens financiers… », explique-t-elle à ses patients. Car ici, la FIV ne peut se faire qu’en Métropole. Une coopération s’est par exemple instaurée avec l’hôpital Bichat, à Paris, avec tout ce que cela implique : demandes d’évacuation sanitaire (EVASAN), délais administratifs, billets pris en charge mais hébergement à la charge des patients. La logistique est lourde, les téléconsultations précieuses mais pas toujours faciles, et les incompréhensions fréquentes.


Audrey, une patiente suivie en Guyane, garde en mémoire les incertitudes et les imprévus : des traitements interrompus faute de disponibilité, un billet d’avion reçu la veille pour le lendemain, la peur de devoir tout recommencer. Et surtout, devoir quitter son domicile pendant près d’un mois pour suivre le protocole. « On est à distance, il faut envoyer des mails. Il est 18h chez nous, mais le centre est fermé… », dit-elle. Partir seule, loin de son cocon, de son confort, de son environnement, c’est aussi tout réorganiser dans sa vie professionnelle. Son mari, de son côté, ne peut pas l’accompagner sur toute la durée à chaque tentative, car il doit rentrer travailler. La charge émotionnelle est immense, même si Audrey peut compter sur le soutien précieux de sa belle-famille en métropole.


Malgré ces obstacles, un projet d’ouverture de centre est en cours. « Depuis 2021 je me bats, je vais à l’ARS… », confie la médecin. Entre délais, isolement et stress, de nombreux couples abandonnent : on estime que la moitié d’entre eux renoncent avant même la FIV.


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Centre hospitalier universitaire de Guyane à Kourou

Martinique : sauver un centre privé pour préserver une prise en charge sur place
En Martinique, le centre AMP Eurofins Bio Santé permet aujourd’hui aux patientes et patients d’être pris en charge sur place, une chance précieuse sur un territoire insulaire. Mais cette offre a bien failli disparaître. En décembre 2024, l’annonce d’un possible arrêt progressif de l’activité a jeté un froid. Les ponctions devaient cesser en mars, les transferts en juin. Une mobilisation citoyenne inédite, portée notamment par la sage-femme Constance Dupérier et des patientes engagées, comme Audrey (fondatrice de l’association Rêve d’être mère) et Anna (référente BAMP Martinique), a permis de faire reculer la menace.


Le parcours reste néanmoins semé d’embûches. Charlotte, patiente, évoque le manque de flexibilité des plannings : « Un de mes déclenchements d’ovulation a été programmé à 1h30 du matin pour rentrer dans les créneaux du bloc opératoire. » Jusqu’à récemment, les plages d’intervention étaient très limitées. Constance Dupérier précise que l’ouverture plus large des blocs opératoires permet désormais de mieux répartir les ponctions et de limiter l’attente des patientes. Une avancée importante, tout comme l’arrivée en 2024 de la préservation de la fertilité sociétale, désormais possible en Martinique sans aucun délai d’attente.


Charlotte se souvient aussi : « On m’a demandé une seule fois comment j’allais. » Un détail en apparence, mais qui illustre, selon Audrey, une dimension encore trop négligée du parcours : le vécu émotionnel. Elle-même en parle sans détour : dépression, isolement, sentiment d’incompétence, perte de repères. « J’ai remis en cause toute ma personne. Les femmes et les hommes se retrouvent perdus, délaissés, brisés. » À travers son association, elle milite aujourd’hui pour un meilleur accompagnement psychologique et une reconnaissance de cette souffrance invisible. Des efforts soutenus par les sages femmes du centre qui proposent désormais de l’hypnose, de l’acupuncture et des consultations de sexologie. 


À cela peut s’ajouter la question financière. Le centre étant privé, les patients doivent avancer les frais : consultations, anesthésies, parfois plusieurs centaines d’euros, avec des remboursements aléatoires. Anna raconte avoir dû poursuivre une partie de son parcours en métropole. Elle est encore en discussion pour obtenir le remboursement de ses billets d’avion. « Ma première PMA m’a coûté près de 10 000 euros de ma poche », confie-t-elle. Un montant qui ne reflète pas la réalité de toutes les patientes, mais qui s’explique dans son cas par un enchaînement de dépenses : rendez-vous, échographies, hospitalisations, examens, dépassements d’honoraires, trajets aériens non remboursés, écarts de salaire liés aux absences. « De l’insémination jusqu’à deux FIV soldées par un échec, ça fait un budget très considérable. »


S’ajoute aussi la complexité logistique. Pour les patientes ayant recours au don de gamètes, deux déplacements en Guadeloupe sont nécessaires : un premier pour la validation du dossier au CECOS, un second pour récupérer les paillettes. Elles doivent transporter une caisse d’azote de cinq kilos, parfois refusée par les compagnies aériennes. « Le commandant de bord peut parfois refuser. Il n’y a pas de délai précis, on est à la merci du contexte », explique Audrey.


Malgré toutes ces réalités, la dynamique engagée ces derniers mois redonne espoir. L’objectif est d’atteindre 400 à 450 ponctions en 2025 pour garantir la viabilité du centre. L’ARS soutient le projet. Une nouvelle organisation des blocs a été mise en place, de nouveaux praticiens sont arrivés, et une campagne d’information est en cours de préparation. L’offre évolue, les patientes s’engagent, les professionnels aussi : rien n’est simple, mais beaucoup avancent dans le même sens.


Guadeloupe : une offre reconstruite, mais sous tension
À Pointe-à-Pitre, le CECOS du CHU de Guadeloupe a repris son souffle après des années très difficiles. L’épidémie de Zika, puis l’incendie de 2017 avaient mis à l’arrêt une activité déjà fragilisée, interrompant brutalement les parcours et laissant de nombreuses patientes sans solution.

Depuis, une nouvelle dynamique s’est enclenchée, même si le redémarrage n’a pas été simple : locaux à réorganiser, équipements à renouveler, confiance à regagner. « Aujourd’hui, on peut tout faire, sauf l’accueil d’embryons », précise le Dr Sandra Boyer Kassem, responsable du laboratoire et du CECOS du CHU. Le service propose quasiment toutes les techniques de prise en charge AMP.


Les parcours demeurent marqués par une forme d’instabilité : un matériel en panne, une salle indisponible, et toute l’organisation peut vaciller. Pourtant, les équipes tiennent bon, portées en lien avec les équipes du secteur privé, par l’engagement de soignants comme le Dr Lynda Pavili, biologiste de la reproduction et présidente de l’association Ferti 971. Pendant la période de reconstruction, elle a poursuivi l’activité d’insémination via le laboratoire Synergibio.


L’obstacle majeur reste le manque de donneurs criant. « Le don d’ovocytes est catastrophique : trois dons par an, la plupart caucasiens », alerte le Dr Pavili. Côté sperme, « on a un ou deux donneurs par an, pas plus », confirme le Dr Boyer Kassem. Cette pénurie rend l’appariement complexe et crée des inégalités d’accès. « On est obligés de distribuer des gamètes caucasiens à des receveuses antillaises », explique-t-elle. Le don, tout comme l’infertilité masculine, reste encore très tabou. Il faut accompagner, informer, sensibiliser. « On doit pouvoir accompagner toutes celles et ceux qui ont besoin d’un don », souligne le Dr Pavili.


Dans les récits de patientes, une autre difficulté émerge : celle des parcours commencés trop tard. Certaines attendent jusqu’à dix ans avant de consulter. Beaucoup évoquent une véritable errance médicale. Arrivées au centre avec des critères stricts (âge, réserve ovarienne, bilan hormonal), certaines se voient refuser une prise en charge ou sont directement orientées vers le don d’ovocytes… alors même qu’il y a cette pénurie. Résultat : des femmes exclues, sans solution, sans accompagnement. Une raison supplémentaire pour donner de la visibilité à ces parcours, briser les tabous. « Il ne faut pas attendre pour consulter », insiste le Dr Boyer Kassem. « Il existe des équipements neufs, des médecins compétents. Les patients ne perdent pas de chance en étant ici. »

Malgré les lourdeurs administratives, le manque de ressources et l’isolement, les professionnels se battent pour proposer une prise en charge globale et de qualité. Aujourd’hui, le Dr Pavili propose aussi des ateliers fertilité (sophrologie, nutrition, image de soi, activité physique) pour aider les femmes à « se réapproprier leur corps ».


La Réunion : un modèle éprouvé, confronté à une hausse des demandes

Souvent citée en exemple, La Réunion dispose d’une organisation AMP solide, adossée à un CECOS structuré et à des équipes expérimentées. « Le centre est plus ancien, la population est plus ouverte au don », explique le Dr Joffrey Mons, médecin biologiste spécialisé en biologie de la reproduction et responsable du CECOS Océan Indien. La diversité culturelle de l’île et son métissage facilitent l’intégration du don dans les mentalités.

Pendant plusieurs années, La Réunion a pu s’appuyer sur une réserve de gamètes constituée avant l’entrée en vigueur de la nouvelle loi bioéthique. À cette époque, les délais pour une insémination avec don restaient très courts — moins de trois mois — car le nombre de donneurs était adapté à la demande (15 à 20 couples hétérosexuels par an). Les patientes réunionnaises bénéficiaient parfois de gamètes provenant de donneurs métropolitains venus vivre à la Réunion. Cette période, relativement fluide, correspond au parcours d’Aurélie et Marina. En 2022, le couple de femmes entame un projet parental au CECOS. « On nous avait annoncé un délai de 6 à 8 mois, et cela a été respecté. Tout s’est très bien passé », raconte Aurélie. De la stimulation à l’insémination, le parcours se déroule sans accroc. « On nous avait prévenues que ce serait un parcours du combattant. Finalement, ça s’est déroulé en douceur. C’est important de le dire aussi. »


Mais aujourd’hui, avec l’épuisement des anciennes paillettes et une augmentation massive des demandes — passées d’une dizaine à plus de 400 par an — le système est sous tension. Le recrutement de nouveaux donneurs ne suit pas : « Nous validons une douzaine de donneurs de sperme par an, ce qui est très insuffisant », déplore le Dr Mons. Résultat : les délais pour une insémination avec don atteignent désormais deux ans. Pour le don d’ovocytes, même tension : une dizaine de donneuses par an pour une trentaine de patientes en attente.

Et les effectifs ne permettent pas de suivre la cadence : « Nous aurions besoin de plus de personnel, d’un bloc dédié, et d’une assistante sociale pour épauler les femmes seules ou les personnes en situation de précarité. On voit des femmes seules qui n’ont personne pour venir les chercher après une ponction. On fait ce qu’on peut, mais on est souvent démunis. »


Malgré tout, l’accompagnement reste globalement de qualité, avec des délais courts pour les parcours sans don et une expertise reconnue, notamment sur l’endométriose ou la préservation de la fertilité. Mais derrière cette organisation bien huilée, les vulnérabilités sont bien présentes. À La Réunion comme ailleurs, l’AMP est une aventure à plusieurs visages. Et la tension est permanente entre excellence médicale… et précarité organisationnelle.


Mayotte : celles qu’on n’entend pas 

« J’ai l’impression d’être invisible », confie Delphine, en parcours d’AMP solo à Mayotte. À 33 ans, son désir d’enfant est devenu une évidence, plus fort que l’attente d’un schéma familial classique. Mais sur son territoire, aucune infrastructure dédiée, aucun relais de proximité, aucune information claire. « La PMA ici n’existe pas physiquement, ni dans les mentalités. »


À Mayotte, les patientes doivent être prises en charge par le CECOS de La Réunion, à deux heures d’avion, dans un système de débrouille et de contournements. Pour les situations médicales urgentes, des évacuations sanitaires (EVASAN) peuvent être organisées. C’est le cas également pour l’AMP. « On programme leur venue plusieurs mois à l’avance, pour deux à trois semaines sur place, afin de réaliser tous les actes, car il n’y a quasiment pas de relais local pour les bilans ou la stimulation », explique le Dr Joffrey Mons, responsable du CECOS Océan Indien. Environ 200 personnes sont concernées chaque année. 


Delphine, elle, a tout organisé seule, ou presque. Trajets, hébergement, frais : entre 300 et 500 euros l’aller-retour, un mois entier à prévoir à La Réunion pour la première tentative. Heureusement, ses parents vivent sur place. « Si je n’avais pas eu ce soutien, j’aurais peut-être renoncé. » 

 

Son témoignage met en lumière l’isolement et les obstacles qui pèsent sur les femmes mahoraises, en particulier les femmes seules. L’absence de suivi local rend la coordination fragile, voire dangereuse en cas de complication. Après un transfert, Delphine souffre d’une hyperstimulation : 16 heures aux urgences pour être enfin prise au sérieux. « Il m’a manqué un peu de chaleur humaine. Trop de données, pas assez de lien. »

Le silence autour de l’infertilité n’arrange rien. « À Mayotte, on parle de sur-fertilité, pas de celles et ceux qui n’y arrivent pas », observe Delphine. Et quand une femme ne peut pas porter d’enfant, la solidarité communautaire prend parfois le relais : un enfant confié par une sœur, une tante, sans que le lien de filiation ne soit clairement identifié. « Peut-être que des femmes aimeraient être enceintes, mais ne savent pas que c’est possible seules ? » s’interroge la jeune femme.


Malgré ces difficultés, Delphine retient aussi le soutien d’une sage-femme locale, les échanges bienveillants avec l’équipe réunionnaise, et la force puisée dans les réseaux d’entraide en ligne. « J’aimerais qu’on dise que la PMA, ça arrive aussi à Mayotte. Qu’il y ait quelque chose de concret pour la rendre visible. Et enfin accessible. 

Infertilité, don, médecine traditionnelle : les tabous qui freinent les parcours

Dans les DROM, comme ailleurs, l’AMP ne se résume pas à un protocole médical : elle vient heurter des représentations sociales, culturelles et parfois religieuses profondément ancrées. L’infertilité reste un sujet difficile à aborder, souvent invisibilisé, surtout pour les hommes. « Chez nous, il reste encore beaucoup à accomplir, notamment en ce qui concerne l’infertilité masculine, sujet trop souvent minimisé ou tourné en dérision, en particulier lorsqu’il s’agit du don de sperme.», raconte le Dr Joffrey Mons, responsable du CECOS Océan indien à La Réunion. Même constat en Guadeloupe : « Les hommes sont dans le déni complet. J’ai vu des couples attendre dix ans avant d’envisager une prise en charge », alerte le Dr Lynda Pavili, biologiste de la reproduction et présidente de l’association Ferti 971.


Dans certaines familles, on préfère ne pas évoquer le sujet, ou bien le contourner.  Ce silence, cette gêne à mettre des mots sur l’infertilité creuse l’isolement de celles et ceux qui y sont confrontés. « Les gens n’en parlent que lorsqu’ils le vivent ou lorsqu’un proche est concerné. Parfois, on suit des membres d’une même fratrie, et on essaie de faire en sorte qu’ils ne se croisent pas », confie le Dr Sandra Boyer Kassem, responsable du laboratoire et du CECOS au CHU de Guadeloupe.


Dans certains territoires, la religion peut aussi venir renforcer les blocages. Mais cela n’empêche pas la reconnaissance sociale de la maternité, même hors du schéma traditionnel. À Mayotte, où les mères solo sont nombreuses, le sujet de l’AMP pour les femmes seules ne suscite que peu de réticences. « Ici, on valorise la maternité, même hors du schéma traditionnel. Mais on ne parle pas de ce que ça coûte, émotionnellement ou financièrement », témoigne Delphine, en parcours solo.


À cela s’ajoute parfois le recours spontané à des solutions alternatives. « Il y a une pharmacopée locale très riche », note Anna, référente BAMP en Martinique. « Beaucoup de personnes ont recours à des remèdes traditionnels avant d’entrer dans un parcours de PMA. Cela peut les éloigner un temps du parcours médicalisé. »


Dans ce contexte, les associations locales jouent un rôle crucial. À la Martinique, les associations BAMP ou « Rêve d’être mère » accompagnent, soutiennent, informent. En Guadeloupe, Ferti 971 organise des ateliers de groupe pour libérer la parole et réinvestir le corps. Grâce à leur énergie, des voix se lèvent, des récits se partagent. Une manière de faire exister l’infertilité dans le débat public, de la rendre légitime, et de rappeler que fonder une famille peut être un combat — même sous les tropiques.s

Et maintenant ? Ce qu’il faudrait pour garantir l’égalité d’accès

Dans les DROM, les patientes et les soignants avancent à force de débrouille, de ténacité, de solidarité. Les parcours sont souvent semés d’embûches  : techniques, financières, logistiques, culturelles. Et pourtant, ils tiennent. Les structures existent, les professionnels sont là, les initiatives locales se multiplient. Ils font beaucoup avec peu. Mais ce n’est pas une raison pour s’en contenter.


Ce qu’il manque ? Une véritable reconnaissance des spécificités de chaque territoire. La Guyane, Mayotte, la Réunion, la Martinique ou la Guadeloupe ne peuvent pas être traitées comme des prolongements administratifs de la métropole. Il faut des politiques adaptées, pensées avec et pour les populations locales. Des campagnes de sensibilisation sur le don de gamètes qui parlent vraiment localement. Des relais formés, présents sur place. Des solutions de suivi pour les patientes évacuées sanitaires, avant et après leur prise en charge. Des outils numériques partagés pour fluidifier les parcours. Et surtout : des moyens. Des professionnels. Du temps.


L’ AMP ne doit pas rester un luxe réservé à celles et ceux qui vivent au bon endroit. Elle est un droit, un espoir, une chance. Elle mérite d’être accessible, humainement et géographiquement. Il ne suffit pas de graver l’égalité dans la loi : encore faut-il la rendre réelle.


Alors, en attendant que les dispositifs suivent, il faut saluer celles et ceux qui s’accrochent. Les patientes qui attendent des années, qui traversent les océans, qui encaissent les échecs. Les soignants qui jonglent avec les plannings, les salles, les urgences, les limites. Les associations qui inventent des espaces de parole, de soutien, d’information.

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