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Comment parler de l’AMP à ses enfants ?

Le jour est arrivé, celui où mini-vous demande innoncemment « Mais au fait, comment on fait les bébés? » Et dans votre tête les questions se bousculent…Comment on raconte ça simplement ? Est-ce qu’il faut ou pas parler d’AMP ? Comment aborder le sujet de l’AMP avec lui et à quel âge ? Quelles peuvent être les répercussions psychologiques ?

Garder le secret : bonne ou mauvaise idée ?

Nous n’allons pas tourner autour du pot bien longtemps, tous les spécialistes de l’enfance s’accordent à dire qu’il est important de ne pas cacher aux enfants, nés d’une procréation médicalement assistée, la façon dont ils ont été conçus. Quels qu’ils soient, les secrets de famille sont généralement lourds à porter et lorsqu’ils sont découverts, la confiance entre adulte et enfants est mise à mal. De plus, les enfants ont cette faculté, inexplicable, il est vrai, de « sentir » les choses. Malheureusement lorsque cela arrive ils ont alors tendance à s’imaginer le pire : « J’ai été adopté », « Mon frère, n’est pas mon frère »…

L’enjeu et la manière d’aborder les choses ne sont pas les mêmes lorsque l’enfant est issu d’une technique de procréation entre conjoints ou s’il est né d’une filiation anonyme par don de sperme et/ou d’ovule. En France, la loi de Bioéthique de 2021 permet désormais de pouvoir révéler aux enfants l’identité du donneur à sa majorité. Il est important, dans le cas de don de gamète, que l’enfant sache que son patrimoine génétique n’est pas le même que celui de ses parents. Connaître ses origines ou son histoire familiale est important pour se construire, mais il appartient à chacun, avec ses bonnes raisons, de parler de l’AMP à son enfant. 

Quand et comment en parler ?

Quelle que soit votre situation, il n’est pas toujours évident d’expliquer aux enfants ce qu’est la procréation médicalement assistée.  Il vous faudra un peu plus d’arguments que « les filles naissent dans les roses et les garçons dans les choux » ! Voici quelques pistes qui pourront vous aider à aborder le sujet.

 

Y A-T-IL UN MOMENT OPPORTUN POUR EN PARLER ?

Oui et non. Souvent vous vous dites que vous attendrez le moment où il sera en âge de comprendre. Spoiler alert, ce moment n’existe pas. Et puis d’ailleurs, les enfants comprennent des choses à tous les âges. En revanche, c’est autour de l’âge de trois ans que l’enfant commence à se poser des questions sur la sexualité et où vous entendrez certainement la fameuse phrase : « Papa, maman, comment on fait des bébés ? ». C’est pour cette raison que les spécialistes conseillent d’aborder le sujet entre 3 et 5 ans, avec des mots simples. Mais en réalité, plus vous en parlerez tôt, plus vous serez à l’aise avec le sujet et plus votre enfant sentira que ce n’est pas un sujet « grave » qui débarque. 

 

PAS D’EFFET D’ANNONCE

Ca y est, vous êtes prêt à parler d’AMP, et vous allez voir que ceci est finalement assez simple. Evitez d’abord les effets d’annonce trop grave du type « il faut que je t’avoue quelque chose » ou « assis-toi, il faut qu’on parle ». Choisissez un moment de vie détendu, de jeu, de lecture, et distiller le sujet naturellement. 

Si vous êtes en couple, vous devez, l’un comme l’autre, avoir digéré cette épreuve pour pouvoir aborder le sujet avec votre enfant sereinement. Dès que vous vous sentirez prêts à en parler, il vous faudra être d’accord sur la façon de procéder. Un double discours serait aussi dommageable que de ne rien dire, car l’enfant cernera vite que quelque chose ne « colle pas ».

 

UNE PARTIE DE SA VIE, NI PLUS NI MOINS

Lorsque le sujet aura été abordé et que vous sentez que votre enfant aura bien compris la situation, il n’est pas nécessaire d’insister et de revenir sans cesse sur le sujet. Il ne faut pas que sa conception devienne un fardeau et que le discours tourne en boucle. Qu’il soit ou non issue d’un don, l’AMP n’est pas son identité, c’est une partie de sa vie. 

L’AMP ne sera pas non plus à l’origine de tous les maux de sa vie, déculpabilisez !

 

UN ENFANT PLUS QUE TOUT DÉSIRÉ

Classique, mais surtout efficace, l’image des « petites graines » pour les plus petits fonctionne très bien. Sauf qu’il va falloir un peu adapter le discours et expliquer que, parfois, la petite graine a besoin d’un peu d’aide pour grandir, et qu’il a fallu faire appel à un docteur pour réaliser votre rêve d’être parent. On peut utiliser des phrases simples comme « Tu sais, parfois, il arrive qu’un papa et une maman ne puissent pas avoir un enfant facilement. Alors on demande à un docteur de nous “aider à faire pousser (ou donner)” des petites graines. »

Aujourd’hui, vous êtes les parents les plus heureux du monde parce que vous l’avez tellement et longuement attendu, espéré, imaginé, que vous l’aimez plus que tout ! Un discours plein d’amour montrera à votre enfant que le plus important c’est bien qu’il ait été désiré. Les enfants nés d’un don de gamète doivent savoir que leur patrimoine génétique n’est pas le même que celui d’un ou de ses parents, malgré cela, il est lui aussi le fruit d’un long combat.

 

LA VéRITé ET TOUTE LA VéRITé ?

Vous ne devez pas toute la vérité à votre enfant sur le parcours médical, ses aléas ou le détail psycho-émotionnel. Certaines choses appartiennent aux adultes. D’ailleurs les enfants n’ont pas les épaules pour tout encaisser. Pour cette raison, ne devancez pas les questions. Les enfant ne posent généralement des questions que lorsqu’ils savent qu’ils sont prêts à entendre la réponse et quand ils sentent que les parents peuvent y répondre.

Le plus important au final, quel que soit le cas de figure, est de signifier que l’enfant vient de l’amour des/du parent. La relation parent/enfant n’est pas innée, elle se construit dans le temps, quelle que soit la façon dont l’enfant a été conçu.  

Et si l’enfant réagit mal ?

Il est rare que les enfants nés d’une technique de procréation médicalement assistée réagissent mal à cette annonce. Sans forcément s’indigner, il peut arriver qu’à l’adolescence, la révélation de sa conception puisse devenir l’objet de chantage ou de prétexte pour se confronter à ses parents. Une grande majorité des adolescents se posent un jour ou l’autre la question de leurs origines et vous entendrez peut-être un jour : « De toute façon, tu n’es pas mon vrai père/ tu n’es pas ma vraie mère ! ». Rassurez-vous, tous les enfants s’imaginent un jour ou l’autre avoir été adoptés et fantasment sur de « vrais » parents forcément gentils, riches, beaux et célèbres… Quand par contre, cela devient une véritable source d’angoisse ou de questionnements, il ne faut pas hésiter à se faire aider par un professionnel pour vous aider et aider votre enfant à accepter et à dénouer le fil de son histoire personnelle.