Quand l’espoir a tenu bon jusqu’à la naissance
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Cela faisait cinq ans que j’étais en couple quand nous avons commencé à parler d’un bébé. L’envie d’être maman, pour moi, ce n’était pas un désir d’enfant viscéral, c’était l’envie de fonder une famille. De poursuivre cette belle histoire avec mon conjoint. Je voulais que ce soit avec lui.
Je savais aussi que ce ne serait peut-être pas simple. J’ai de l’endométriose et de l’adénomyose, deux causes fréquentes d’infertilité féminine, et je lui ai dit très tôt : si on a envie d’un bébé, il y aura sûrement des examens à faire.
En 2022, ma gynécologue m’a dit d’essayer pendant six mois et qu’on ferait ensuite un bilan de fertilité si ça ne fonctionnait pas. Dans mon entourage, presque toutes mes cousines étaient passées par la PMA. Je me disais que, si un jour je fondais une famille, ce serait sûrement par là. Je savais que ce serait costaud, mais sans vraiment mesurer ce que cela voulait dire.
Mon conjoint, lui, était confiant. Pour optimiser ces six mois, on s’est lancés tout de suite dans les tests d’ovulation, dès le premier cycle, en se disant qu’on éviterait peut-être la PMA. Ça n’a pas fonctionné.
En janvier 2023, on a eu notre premier rendez-vous au centre de PMA. J’ai choisi le même centre que mes cousines. Ma gynéco m’avait déjà prescrit tous les examens de base, donc on est arrivés au premier rendez-vous avec le dossier complet. On s’est dit qu’on avait gagné du temps, que tout allait s’enchaîner vite. On était ultramotivés, très optimistes. Ok, on n’y arrivait pas seuls, mais on avait cette chance, en France, d’avoir accès à ces soins.
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Et puis très vite, il y a eu un premier arrêt net. Le gynécologue m’a parlé d’une suspicion de tumeur hypophysaire à cause d’un taux de prolactine trop élevé. Et on m’a aussi dit : « Madame, vous êtes trop maigre. » Ça a été rude à entendre.
La frayeur du taux de prolactine est passée d’elle-même quand le taux a diminué seul. L’IRM a finalement été évitée, ce qui m’a soulagée, moi qui suis claustrophobe.
En revanche, j’ai dû consulter une nutritionniste et passer toute une batterie de tests. Elle m’a expliqué qu’il fallait s’assurer qu’il n’y avait pas de trouble du comportement alimentaire, parce qu’une grossesse aurait été à risque. Elle m’a parlé de l’IMC, de cet équilibre qu’on demande aux femmes. On embête celles qui ont trop de poids, et moi c’était l’inverse : il fallait que je prenne du poids pour accéder au parcours !
J’avais déjà essayé de nombreuses fois avec une diététicienne, avec des régimes grossissants et des compléments, mais sans résultat. Là, la motivation était toute autre. Il ne s’agissait plus d’esthétique ou de santé abstraite, mais de fonder une famille malgré l’infertilité. J’ai essayé de manger davantage, de prendre quelques kilos. Et avec le courrier de la nutritionniste, j’ai enfin eu l’aval médical qui me manquait.
En juin 2023, on a revu les médecins de PMA. Pas de tumeur, un peu plus de poids, feu vert pour commencer à la rentrée d’octobre.
Grossesse après une PMA, si la joie se faisait attendre...
Avancer malgré les échecs
En octobre, on a débuté les inséminations artificielles (IA). On connaissait les statistiques de réussite, on savait que ce n’était pas énorme, mais on y croyait quand même. On a eu la chance d’en enchaîner trois, très rapprochées : octobre, novembre, décembre. Aucune n’a marché. À chaque négatif, c’était dur. Mais en même temps, on se disait qu’on avançait, qu’on continuait.
On a alors demandé à passer en FIV. Une ponction ovarienne était possible en juin 2024. Il y avait beaucoup de demandes avant nous.
Pendant toute cette période, on a été très entourés. J’avais des cousines, des copines qui étaient passées par là. On échangeait beaucoup, avec des personnes en parcours au même moment, parfois avec la même gynéco. On riait, on pleurait, on prenait de la distance ensemble.
Les grossesses autour de nous, en revanche, c’était très compliqué. Sauf celles issues de PMA. Là, c’était différent. Pour ces femmes-là, je ressentais une vraie joie, parfois même de l’émotion. Pour les autres, non. Comme si, quelque part, il fallait en passer par là pour mériter mon bonheur.
On continuait quand même d’essayer naturellement, avec les tests d’ovulation. Mais c’était épuisant. Long. Et en même temps, on savait qu’on avait la chance d’accéder bientôt à la FIV. J’avais une amie qui m’avait raconté que, dès qu’elle était entrée dans un centre, elle avait arrêté d’essayer naturellement. Elle avait confié son projet bébé à la science. Sa sexualité était devenue moins sous pression. Nous, on n’y arrivait pas. On n’arrivait pas à faire le deuil du bébé « couette ». Et surtout, on voulait éviter la ponction. L’IA nous avait donné un avant-goût du protocole de FIV, et clairement, j’appréhendais.
En juin 2024, finalement, aucune grossesse naturelle n’ayant eu lieu, j’ai fait ma ponction. J’étais très stressée à l’idée d’aller au bloc, à cause de l’anesthésie générale. Je me posais mille questions : est-ce qu’il y aurait assez de follicules ? Et d’embryons ? Est-ce que ça tiendrait ? Est-ce qu’on ferait un transfert frais ?
Le protocole s’est déroulé sans problème. J’ai obtenu neuf follicules matures, qui ont donné huit embryons. Quatre ont été vitrifiés à J2. J’ai eu un transfert à J2, puis deux embryons à J5 et un à J6.
Le premier transfert, en frais, n’a pas pris. Ça a été d’une violence incroyable. Bien plus que les échecs d’IA. Peut-être à cause des hormones, mais surtout parce que, cette fois, je le vivais vraiment dans mon corps. Il y avait un début de nous deux, des cellules, un tout petit espoir tangible… et pourtant, rien. Pas de grossesse. Ce n’était pas une fausse couche, c’était une accroche qui ne se faisait pas, une absence d’implantation embryonnaire. Mais ça fait mal quand même.
L’été est passé. En septembre, on a repris. Un premier transfert d’embryon congelé (TEC) d’un J2 n’a pas pris non plus. Le mercredi, j’ai vu que c’était négatif. J’ai pleuré. Le lendemain, j’ai eu mes règles, et on m’a dit qu’on repartirait sur une autre TEC.
Je m’étais mis dans la tête que ça ne marcherait que le jour où on me transférerait deux embryons. Toutes les femmes que je connaissais pour qui ça avait fonctionné avaient eu un double transfert embryonnaire. Ma gynéco, elle, n’était pas favorable à cette idée. Elle voulait attendre que tous les autres embryons soient transférés. Alors je m’étais conditionnée : il fallait tenir tous ces échecs pour arriver, un jour, à ce transfert à deux embryons qui, dans ma tête, me donnerait une grossesse. C’était devenu mon plan.
Je n’avais jamais eu de problème de dosage jusque-là. Tout avait toujours été parfait. Et puis, pour ce sixième protocole, ce troisième transfert, en cycle stimulé, j’ai remarqué que ma première échographie était programmée tard. Je me suis dit que j’aurais peut-être déjà ovulé. D’habitude, je posais mille questions. Je suis le genre de patiente insistante. Mais cette fois-là, je me suis tue.
L’échographie a confirmé ce que je sentais : j’étais en train d’ovuler. Pas d’Ovitrelle, transfert sur cycle semi-stimulé. Finalement, j’étais soulagée qu’on n’annule pas. La prise de sang a montré une progestérone trop basse. Pas de transfert si ça ne montait pas. J’avais des ovules à la maison, mais les médecins ont refusé : mon corps devait produire seul.
Alors j’ai cherché sur internet tout ce qui pouvait faire monter la progestérone. J’avais besoin d’agir. Chocolat noir à 90 %, même si c’était infect. Le lendemain, j’ai eu ma prise de sang à 7 h. À 11 h, le téléphone a sonné : « C’est bon, rendez-vous dans une heure. »
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Quand enfin, l’espoir tient bon
Après le transfert, j’ai replongé dans les montagnes russes émotionnelles. De l’espoir, encore. Cette fois, j’ai décidé de faire des tests de grossesse précoces. Je n’avais pas eu d’Ovitrelle, donc j’avais moins peur des faux positifs. Je voulais savoir.
Quatre jours avant la prise de sang, à cinq heures du matin, le test était négatif. Je me suis rendormie. Une heure plus tard, mon conjoint est sorti promener le chien. Quand il est revenu, je suis repassée devant le test. Et j’ai vu une deuxième barre. J’ai refait un test. Deux barres encore. En trois ans, on n’avait jamais vu ça.
Il est parti travailler. Moi, je suis allée acheter un test de grossesse digital. J’avais besoin de le voir écrit.
Le mot « enceinte » est apparu. Je me suis effondrée. Le lendemain, la prise de sang a confirmé. C’était une joie immense. Et en même temps, on savait qu’il fallait attendre que ça double. Alors on a décidé de se réjouir, juste pour aujourd’hui. « Aujourd’hui, tu es enceinte. »
La grossesse s’est bien passée jusqu’à 34 semaines, où j’ai été hospitalisée pour une hypertension pendant la grossesse. J’ai accouché par déclenchement à 37 semaines. L’accouchement a été très compliqué : hémorragie, AVC post-partum. J’ai frôlé la mort. Mon bébé, lui, a fait un passage difficile en néonatologie. Mais aujourd’hui, j’ai un petit garçon en pleine forme.
Mon message, aujourd’hui, c’est celui-ci : on nous dit souvent « ça va marcher », « ça va le faire ». Et quand on est en plein dedans, c’est parfois difficile à entendre. Parce qu’il y a aussi des parcours qui n’aboutissent pas. Mais oui, parfois, ça se termine par une grossesse, une naissance. Et ça vaut la peine de s’accrocher.
S’entourer a tout changé pour moi. Être comprise, soutenue, entendre « je vois ce que tu veux dire ». Et puis, à la fin du parcours, j’ai aussi appris à faire confiance aux soignants. J’avais passé des années à tout vérifier, tout questionner. Et puis je me suis dit : même quand ça ne marche pas, tu les as écoutés, et ça s’est bien passé. Faire confiance ne veut pas dire s’oublier, mais le parcours est tellement plus doux quand on n’est pas seule face à tout ça.
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